Le taux de marge et le taux de marque mesurent la même marge brute, mais avec deux bases de calcul différentes : l’un rapporte la marge au coût d’achat, l’autre au prix de vente. Sur une même vente, les deux pourcentages ne sont donc jamais égaux. Cet article explique les deux calculs, montre comment fixer un prix à partir d’un taux cible, et rappelle les limites légales qui s’imposent en France.
Taux de marge et taux de marque : deux calculs pour une même marge
Le taux de marge rapporte la marge brute au coût d’achat HT (hors taxes) du produit vendu. Pour le calculer, divisez la marge brute HT par le coût d’achat HT, puis multipliez le résultat par 100.

Pour le taux de marque, la logique reste la même, mais la base change : il rapporte la marge brute au prix de vente HT, et non au coût d’achat. Divisez la marge brute HT par le prix de vente HT, puis multipliez par 100.
Ces deux ratios répondent à deux questions différentes. L’un indique ce que vous gagnez par rapport à ce que le produit vous a coûté, l’autre quelle part du prix de vente constitue votre marge.
L’écart entre 25 % et 20 % ne vient pas d’une erreur : il vient du dénominateur choisi, coût d’achat dans un cas, prix de vente dans l’autre. Un devis qui mentionne « 25 % de marge » sans préciser lequel des deux taux est utilisé peut créer un désaccord sur le prix final.
De quoi il s’agit : un outil de gestion, pas une obligation légale
Ni le Code de commerce ni le Code général des impôts ne définissent ou n’imposent ces deux ratios. Ce sont des indicateurs de gestion interne, construits par chaque entreprise pour piloter ses prix, comme le précise l’INSEE dans sa définition du ratio.

Attention à un homonyme : l’INSEE publie aussi une définition macroéconomique du même terme, calculée pour l’ensemble des entreprises françaises en rapportant l’excédent brut d’exploitation à la valeur ajoutée. Ce chiffre global n’a rien à voir avec le ratio que vous calculez sur un produit.
Commerçants, restaurateurs et prestataires utilisent ces deux ratios au quotidien pour fixer un prix de vente et suivre leur rentabilité produit par produit. Ils alimentent aussi le contrôle de gestion de l’entreprise, qui suit ces marges dans le temps.
Comment calculer son taux de marge et son taux de marque
Première étape : identifier le coût d’achat HT exact du produit. Il comprend le prix facturé par le fournisseur et les frais de transport, mais exclut les remises et les avantages financiers déjà déduits.

Deuxième étape : fixer le prix de vente HT souhaité. Troisième étape : calculer la marge brute, c’est-à-dire la différence entre le prix de vente HT et le coût d’achat HT.
Dernière étape : appliquer les deux formules à cette marge brute pour obtenir les deux taux. Ce calcul rejoint celui du seuil de rentabilité, qui détermine le chiffre d’affaires minimal nécessaire pour couvrir les charges fixes.
La difficulté pratique est souvent inverse : partir d’un taux visé pour fixer le prix de vente. Dans ce cas, le calcul se fait à l’envers, en reconstituant la marge brute à partir du taux et du coût d’achat.
Les règles légales qui encadrent la marge
La loi ne fixe aucun taux de marge minimal ou maximal. Les prix restent en principe librement déterminés par la concurrence. Toutefois, en cas de monopole ou de pénurie durable, un décret peut réglementer les prix pour une durée maximale de 6 mois, selon l’ article L410-2 du Code de commerce . Ce cas reste rare.
La seule limite générale qui s’impose à la baisse est l’interdiction de revente à perte. Revendre un produit en l’état à un prix inférieur à son coût d’achat effectif expose à une amende. Celle-ci peut atteindre 0,4 % du chiffre d’affaires annuel HT réalisé en France, selon l’ article L442-5 du Code de commerce . Cette amende grimpe jusqu’à la moitié des dépenses publicitaires si le prix bas est annoncé dans une publicité.
Pour les denrées alimentaires et les produits pour animaux de compagnie, le seuil de revente à perte est majoré de 10 % du coût d’achat effectif (dispositif SRP+10). Ce régime, prolongé jusqu’au 15 avril 2028 par la loi du 14 avril 2025, oblige les distributeurs à conserver une marge minimale sur ces produits.
Un dernier cas mérite d’être connu. Pour les biens d’occasion, œuvres d’art ou objets de collection revendus par un professionnel, la TVA peut s’appliquer sur la seule marge réalisée, et non sur le prix de vente total. Ce régime optionnel, prévu par le Code général des impôts, ne concerne ni les biens neufs ni les produits importés.
Ce qu’il faut vérifier maintenant
Calculez d’abord vos propres taux de marge et taux de marque sur vos produits ou prestations les plus vendus. Comparez ensuite ces résultats à ceux de votre secteur : aucune donnée standardisée n’existe, mais une fédération professionnelle ou votre expert-comptable peut situer vos chiffres.
Une marge correcte sur le papier ne dit rien de l’état réel de la trésorerie. Pour vérifier que les encaissements suivent réellement vos ventes, le suivi de trésorerie sur treize semaines reste l’outil le plus direct.
Ce que je conseille : refaire ce calcul à chaque changement de fournisseur ou de tarif, pas seulement une fois par an. Un coût d’achat qui bouge de quelques pourcents suffit à faire glisser un prix sous le seuil de revente à perte sans que personne ne s’en aperçoive.
Questions fréquentes
Pourquoi marge et marque donnent-elles deux pourcentages différents sur la même vente ?
Le taux calculé sur le coût d’achat est toujours plus élevé que celui calculé sur le prix de vente, pour une même marge brute. L’écart vient du dénominateur utilisé, pas d’une erreur de calcul.
Comment fixer mon prix de vente à partir d’un taux cible ?
Multipliez le coût d’achat par le taux visé pour obtenir la marge brute à atteindre, puis ajoutez cette marge au coût d’achat pour obtenir le prix de vente HT.
La loi impose-t-elle un minimum ou un maximum à ma marge commerciale ?
Non, aucun seuil n’est fixé par la loi en dehors de secteurs réglementés ou de situations de monopole. La seule limite générale est l’interdiction de revente à perte, qui empêche de vendre sous le coût d’achat effectif.
Quelle marge est considérée comme bonne selon le secteur d’activité ?
Il n’existe pas de chiffre de référence officiel et standardisé par secteur. Une fédération professionnelle ou un expert-comptable reste la source la plus fiable pour situer votre marge face à des entreprises comparables.
La TVA s’applique-t-elle sur le prix total ou sur la marge ?
En principe, sur le prix de vente total. Pour les biens d’occasion, œuvres d’art ou objets de collection revendus par un professionnel, un régime optionnel permet de calculer la TVA sur la seule marge réalisée. Ce régime ne concerne ni les biens neufs ni les produits importés.
Sources
- INSEE, définition du taux de marge (statistique d’entreprise)
- Légifrance, article L442-5 du Code de commerce (revente à perte)
- Légifrance, loi n° 2025-337 du 14 avril 2025 (SRP+10)
- Légifrance, article L410-2 du Code de commerce (prix réglementés)



