Une gestion de trésorerie sur treize semaines consiste à prévoir, semaine par semaine, toutes les entrées et les sorties d’argent prévisibles de l’entreprise. Ce délai est assez long pour anticiper les échéances lourdes, cotisations sociales, TVA, paiements fournisseurs, et assez court pour que les chiffres restent fiables. Il laisse le temps d’agir avant qu’une semaine ne devienne un mur impossible à payer.
Ce qu’il faut savoir avant de construire votre gestion de trésorerie
À défaut d’accord écrit entre deux entreprises, le délai de paiement d’une facture est de 30 jours à compter de la réception de la marchandise ou de la prestation. Un contrat peut l’allonger jusqu’à 60 jours nets, ou 45 jours fin de mois, mais pas davantage : c’est ce que fixe l’article L441-10 du Code de commerce.

Un retard de paiement déclenche une pénalité calculée au taux de refinancement de la Banque centrale européenne majoré de 10 points, soit 12,65 % l’an au 12 octobre 2026. Elle s’ajoute, sans mise en demeure, à une indemnité forfaitaire de 40 € par facture, prévue par le décret codifié à l’article D441-5 du Code de commerce.
Côté cotisations sociales, l’Urssaf fixe une date non négociable : le 5 du mois suivant pour les entreprises d’au moins 50 salariés qui versent la paie le même mois, le 15 dans les autres cas. La TVA suit un calendrier propre à chaque régime, mensuel, trimestriel ou par acomptes semestriels.
Trésorerie et rentabilité ne se confondent pas. Une entreprise profitable peut manquer de liquidités si ses clients paient tard. De même, une entreprise qui dépasse le seuil de rentabilité peut se retrouver à découvert un mois donné.
Construire votre prévisionnel sur treize semaines : les trois étapes
Construire une gestion de trésorerie fiable suppose de partir de données réelles, pas des délais affichés sur les factures. Ce suivi hebdomadaire rejoint une pratique plus large, le contrôle de gestion, qui consiste à comparer régulièrement le prévu et le réalisé pour corriger la trajectoire avant qu’un écart ne s’aggrave.
Lister les encaissements clients réels, pas la date de facturation
Pour chaque client, retenez la date où l’argent arrive réellement sur le compte, pas la date d’émission de la facture. Si le délai contractuel est de 45 jours, ajoutez ces 45 jours à la date de facturation pour placer l’encaissement dans la bonne semaine.

Face à un client nouveau ou incertain, mieux vaut minorer le montant attendu d’au moins 20 %. Un client qui paie en retard une fois a plus de chances de recommencer.
Identifier tous les paiements certains et leurs dates
Les fournisseurs n’ont pas tous le même délai : vérifiez celui inscrit sur chaque contrat, car il peut aller de 30 à 60 jours selon ce qui a été signé. Les cotisations Urssaf tombent, elles, à date fixe, sans marge de négociation. La TVA suit le calendrier propre à votre régime de déclaration.
Salaires, loyer, assurances et remboursements d’emprunt s’ajoutent à ce calendrier. Chacun occupe une semaine précise du tableau, pas un mois entier réparti au hasard.
Repérer les semaines critiques
Une fois les entrées et les sorties placées semaine par semaine, cherchez celles où les sorties dépassent les entrées. Les semaines où une échéance Urssaf et une échéance de TVA tombent en même temps méritent une attention particulière.
Comparer chaque semaine le prévu et le réalisé, et surtout l’expliquer, relève de la même logique qu’un commentaire d’écart utile : ce n’est pas le chiffre qui compte, mais ce qui l’explique.
Les erreurs qui vident le plus vite une trésorerie
Trois erreurs reviennent souvent dans un prévisionnel mal construit. Chacune a un coût direct, pas seulement une conséquence théorique.
La première consiste à compter sur des délais clients optimistes. Si vos clients paient en moyenne à 45 ou 60 jours, ne budgétez pas sur 30 jours théoriques : l’écart se répercute directement sur les semaines suivantes.
La deuxième est d’oublier que l’Urssaf et la TVA ont des dates fixes. Un décalage d’une semaine sur vos entrées ne change rien à leur calendrier ; ces paiements tombent, qu’il y ait de l’argent sur le compte ou non.
La troisième est de ne vérifier le tableau qu’en fin de mois. Une semaine de retard fournisseur déclenche une pénalité sans mise en demeure préalable : le contrôle hebdomadaire la repère avant qu’elle ne tombe, plutôt que de la découvrir après coup.
Quand se faire accompagner : recours selon la gravité
La gestion de trésorerie ne s’arrête pas à la construction du tableau : elle sert surtout à décider, à temps, qui solliciter. Quatre situations appellent des réponses différentes.

Si le prévisionnel montre des sorties supérieures aux entrées sur deux semaines ou plus, contactez sans attendre un expert-comptable ou un centre de gestion agréé, pour identifier les paiements qui peuvent légalement être décalés.
Si un paiement à l’Urssaf ou à l’administration fiscale semble impossible à la date limite, prenez contact au moins huit jours avant l’échéance plutôt qu’après. Les organismes traitent différemment une difficulté annoncée et un impayé constaté.
Si l’impasse touche l’ensemble des paiements, deux procédures devant le tribunal de commerce s’ouvrent avant la rupture. Le mandat ad hoc est confidentiel, sans durée fixée par la loi. La procédure de conciliation est plus encadrée. Elle dure au maximum quatre mois, prorogeable d’un mois. Elle n’est ouverte que si l’entreprise n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours, comme le précisent les articles L611-4 à L611-15 du Code de commerce.
Si la cessation des paiements est déjà constatée, c’est-à-dire si l’entreprise ne peut plus régler son passif exigible avec son actif disponible, la déclaration au tribunal compétent est obligatoire. Ce délai est de 45 jours, comme le prévoit l’article L631-4 du Code de commerce. Ce que je déconseille, c’est d’attendre ce stade pour chercher de l’aide.
| Situation | Qui contacter | Quand |
|---|---|---|
| Sorties supérieures aux entrées, 2 semaines ou plus | Expert-comptable ou centre de gestion agréé | Dès le constat |
| Paiement Urssaf ou TVA menacé | Urssaf ou centre des impôts | Au moins 8 jours avant |
| Impasse sur l’ensemble des paiements | Tribunal de commerce | Avant la cessation des paiements |
| Cessation des paiements constatée | Tribunal de commerce | Dans les 45 jours |
Questions fréquentes
Comment construire concrètement un prévisionnel sur treize semaines ?
Une gestion de trésorerie fiable commence par lister, semaine par semaine, les encaissements clients réels, les échéances fournisseurs, les dates Urssaf fixes et le calendrier de TVA propre à votre régime. Placez chaque montant dans la semaine où il tombe réellement, pas dans un total mensuel.
Que risque une entreprise qui dépasse les délais de paiement envers ses fournisseurs ?
Une pénalité de 12,65 % par an, calculée sans mise en demeure, à laquelle s’ajoute une indemnité forfaitaire de 40 € par facture en retard. Ces montants s’appliquent dès le lendemain de la date de paiement inscrite sur la facture.
Peut-on négocier un délai avec l’Urssaf ou les impôts en cas d’impossibilité de payer ?
Les dates fixées par l’Urssaf, le 5 ou le 15 du mois, ne sont pas négociables à titre général. Une entreprise en difficulté a tout intérêt à signaler sa situation avant l’échéance, pas après un impayé.
Quelle différence entre mandat ad hoc et procédure de conciliation ?
Le mandat ad hoc est confidentiel et sans durée fixée par la loi. La procédure de conciliation dure au maximum quatre mois, prorogeable d’un mois, et n’est accessible que si l’entreprise n’est pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours.
Quel délai pour déclarer la cessation des paiements ?
Une entreprise incapable de régler son passif exigible avec son actif disponible doit le déclarer au tribunal compétent dans un délai de 45 jours. Ce délai ne s’applique plus si une demande de conciliation a déjà été déposée.
Sources
- Code de commerce, article L441-10, délais et pénalités de paiement : Légifrance
- Décret codifié à l’article D441-5 du Code de commerce, indemnité forfaitaire de recouvrement : Légifrance
- Code de commerce, articles L611-4 à L611-15, procédure de conciliation : Légifrance
- Code de commerce, article L631-4, déclaration de cessation des paiements : Légifrance



