Une grille de salaires classe les postes de l’entreprise par niveau ou coefficient, c’est‑à‑dire par degré de qualification, avec un salaire minimum associé à chacun. Elle n’est pas obligatoire par la loi pour une TPE ou une PME non couverte par une convention collective.
La convention collective est l’accord qui fixe les règles salariales d’une branche professionnelle ; quand elle s’applique, l’entreprise doit en respecter les minima. Le SMIC, le salaire minimum interprofessionnel de croissance que personne ne peut payer en dessous, reste toujours le plancher absolu de toute grille salariale.
Les fondations légales d’une grille de salaires
Le plancher de toute grille de salaires est le SMIC. Aucun salaire de base ne peut lui être inférieur, quel que soit le coefficient conventionnel attribué au poste. Cette règle vient des articles L3231‑2 à L3231‑12 du Code du travail.

Au 1er janvier 2026, le SMIC horaire brut est de 12,02 €, soit 1 823,03 € brut par mois pour 35 heures hebdomadaires, selon service-public.gouv.fr. Il grimpe au 1er juin 2026 à 12,31 € de l’heure, soit 1 867,02 € brut par mois, selon info.gouv.fr.
Quand une convention collective de branche s’applique, elle fixe des minima par coefficient, souvent supérieurs au SMIC. Ces minima doivent en principe être renégociés au moins une fois par an au niveau de la branche, selon l’article L2241‑8 du Code du travail. Un accord de méthode peut toutefois porter ce délai jusqu’à quatre ans.
La grille doit aussi respecter le principe à travail égal, salaire égal, entre femmes et hommes, pour un même poste ou un poste de valeur équivalente. Cette obligation découle des articles L3221‑2 à L3221‑7 du Code du travail, qui définissent la valeur du poste par le diplôme, l’expérience, les responsabilités et la charge physique ou nerveuse exigées. Pour mesurer cet écart en France, consultez les chiffres sur l’écart salarial hommes-femmes.
Au‑delà de 50 salariés, l’entreprise doit calculer et publier chaque année son index de l’égalité professionnelle, une note sur 100 points fondée sur quatre à cinq indicateurs. En dessous de 75 points, elle doit publier des mesures correctives.
Construire la grille en cinq étapes
Ce que je recommande avant tout chiffrage : identifier la convention collective applicable, en vérifiant son numéro IDCC, l’identifiant à quatre chiffres de la convention, sur un bulletin de paie existant ou sur Légifrance.

Deuxième étape : récupérer la grille de classification de la branche et ses avenants salariaux les plus récents. Selon les éléments disponibles, un avenant ne s’impose à toutes les entreprises du secteur qu’une fois étendu par arrêté du ministère du Travail et publié au Journal officiel.
Troisième étape : adapter les intitulés de postes réels aux catégories de la branche, en documentant par écrit les critères de classement retenus (diplôme, expérience, niveau de responsabilités). L’erreur que je vois le plus souvent est de classer un poste à l’oral, sans aucune trace écrite du raisonnement. Cela devient indéfendable devant le conseil de prud’hommes, le tribunal compétent pour les litiges entre salarié et employeur.
Quatrième étape : pour chaque coefficient, comparer le minimum conventionnel au SMIC en vigueur et verser le montant le plus élevé des deux.
Cas classique en PME : une entreprise de quarante salariés revalorise le SMIC au 1er juin 2026. Elle découvre alors que le minimum du premier coefficient de sa grille de branche est devenu inférieur au nouveau SMIC. Elle doit alors verser le SMIC, même si l’avenant de branche n’a pas encore été actualisé.
Cinquième étape : vérifier l’égalité de traitement entre femmes et hommes sur des postes comparables, formaliser la grille de salaires par écrit, puis faire apparaître l’intitulé de la convention collective sur chaque bulletin de paie.
Erreurs fréquentes et risques concrets
Une grille de salaires mal construite expose l’entreprise à plusieurs risques concrets, souvent sous‑estimés tant qu’aucun salarié ne réclame. Le premier est de laisser un minimum conventionnel devenir inférieur au SMIC après une revalorisation, sans ajuster les postes concernés.
Le deuxième risque est le mauvais classement d’un poste dans un coefficient qui ne correspond pas à ses responsabilités réelles. Je déconseille de reclasser un poste sans comparer ses missions à celles d’un poste voisin déjà classé : l’écart non justifié crée une inégalité de traitement.
Troisième risque : l’absence de documentation écrite des critères de classement. Sans trace du raisonnement retenu, l’employeur ne peut pas démontrer que la différence de salaire entre deux salariés repose sur un motif objectif.
Ces erreurs se traduisent par des conséquences financières précises. D’abord, un rappel de salaire sur les trois dernières années, le salarié disposant de 3 ans pour agir selon l’article L3245‑1 du Code du travail. Ensuite, pour les entreprises de 50 salariés et plus, la pénalité liée à l’index de l’égalité professionnelle.
Un rappel de salaire mal anticipé ressort parfois au moment du départ du salarié. C’est alors que le solde de tout compte, document remis à la fin du contrat, est établi et que les sommes dues sont recalculées rétroactivement.
Transparence et accompagnement
Le bulletin de paie doit mentionner l’intitulé de la convention collective applicable au salarié, ce qui suppose de rattacher chaque poste à son coefficient de grille (article R3243‑1 du Code du travail). C’est le seul rappel visible, pour le salarié, de la logique de classement retenue.

Une directive européenne sur la transparence des rémunérations imposera, pour les entreprises de 50 salariés et plus, de formaliser et de rendre accessibles les critères objectifs de fixation des salaires. Cette transposition devait intervenir avant le 7 juin 2026 ; le délai n’a pas été tenu. Un projet de loi a été présenté en Conseil des ministres en septembre 2026, avec une entrée en vigueur envisagée au 1er janvier 2028, selon la direction des affaires juridiques de Bercy.
À votre place, je commencerais à documenter les critères de classement dès maintenant, avant que cette obligation ne devienne contraignante. C’est un travail qui se fait progressivement, poste par poste, pas en une seule séance.
Trois moments appellent un accompagnement extérieur. Avant de créer la grille, ou après une mise en demeure portant sur un classement contesté, un avocat en droit du travail évalue le risque contentieux. Pour vérifier la conformité des cotisations et de la masse salariale, un expert‑comptable ou un cabinet de paie reste la ressource la plus directe. À chaque revalorisation du SMIC ou publication d’un avenant de branche, un contrôle rapide de la grille évite qu’un coefficient ne tombe sous le minimum légal.
Questions fréquentes
Une grille de rémunération est‑elle obligatoire pour une TPE ou une PME ?
Non, aucune règle n’impose une grille formelle à une entreprise non couverte par une convention collective. Mais rien n’autorise un salaire de base inférieur au SMIC, quelle que soit la taille de l’entreprise. Construire une grille, même simple, limite les décisions arbitraires.
Que faire quand un minimum conventionnel devient inférieur au SMIC ?
L’employeur verse le montant le plus élevé des deux, sans attendre un nouvel avenant de branche. Le SMIC prime toujours sur un minimum conventionnel resté inchangé après une revalorisation. Ignorer cette priorité expose à un rappel de salaire pouvant remonter sur trois ans.
Comment éviter un contentieux pour inégalité de traitement lors du classement d’un poste ?
En comparant les missions réelles du poste à celles de postes voisins déjà classés, puis en écrivant les critères retenus. Un classement décidé oralement, sans trace écrite, est le point faible le plus fréquent devant le conseil de prud’hommes.
La grille doit‑elle être communiquée aux salariés ?
Rien n’impose aujourd’hui sa communication intégrale, hors mention de la convention collective sur le bulletin de paie. Cela changera avec la directive européenne sur la transparence des rémunérations, dont la transposition française, prévue avant le 7 juin 2026, est désormais annoncée pour le 1er janvier 2028.
Quels sont les risques concrets d’une grille de salaire mal construite ?
Sources
- Service-public.gouv.fr et info.gouv.fr, revalorisations du SMIC en 2026 : 1er janvier et 1er juin
- Travail-emploi.gouv.fr, index de l’égalité professionnelle : travail-emploi.gouv.fr
- Légifrance, article L3245‑1 du Code du travail sur le rappel de salaire : legifrance.gouv.fr
- Direction des affaires juridiques (Bercy), directive 2023/970 sur la transparence des rémunérations : economie.gouv.fr



